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Les applications de suivi alimentaire valent-elles le coup ?

Elles comptent, elles scannent, elles affichent des courbes, et elles finissent désinstallées. Ce qu'une application vous apprend réellement, et pourquoi il faut savoir la ranger.

Homme consultant une application sur son smartphone dans une cuisine, légumes frais sur la table
utile comme une auto-école, pénible comme un mode de vie

Il existe des centaines d'applications qui promettent de suivre votre alimentation, et elles se ressemblent toutes beaucoup une fois passé l'écran d'accueil. Elles comptent des calories, elles scannent des codes-barres, elles affichent des courbes, et elles finissent presque toutes de la même façon : désinstallées au bout de dix-sept jours.

La question intéressante n'est donc pas « laquelle est la meilleure », mais « à quoi ça sert réellement, et pendant combien de temps ». Nous avons un avis assez tranché là-dessus, et il ne va pas dans le sens du téléchargement compulsif.

Ce qu'une application fait bien

Le vrai apport d'un carnet alimentaire, papier ou numérique, tient en un mot : la conscience. Nous mangeons énormément en pilotage automatique, et la mémoire est une menteuse redoutable. Trois carrés de chocolat en passant, un fond de plat des enfants, deux cuillères d'huile jetées à l'œil dans la poêle : rien de tout cela n'est enregistré par le cerveau, et tout cela s'additionne.

Noter, c'est voir. Et voir suffit souvent à corriger, sans se priver de quoi que ce soit. Sur ce plan précis, l'application fait très bien le travail, mieux qu'un carnet, parce que le scan du code-barres supprime la friction.

Elle est également utile pour deux découvertes que presque tout le monde fait la première semaine, et qui expliquent bien des plafonds : les boissons pèsent (nous en avons fait une page entière), et les matières grasses de cuisson représentent souvent plus que l'aliment cuisiné.

Ce qu'elle fait mal, ou pas du tout

  • La précision est illusoire. L'application affiche 1 847 kcal avec un aplomb de comptable. En réalité, entre la variabilité des aliments, l'imprécision des bases et les portions estimées à l'œil, la marge d'erreur se compte en centaines de calories. Le chiffre est un ordre de grandeur déguisé en certitude.
  • Les bases de données sont souvent collaboratives. N'importe qui peut créer une fiche produit, et n'importe qui se trompe. Un même yaourt peut exister en dix versions dont trois sont fausses. Quand une valeur vous surprend, recoupez-la avec la table Ciqual de l'ANSES.
  • Le rapport à la nourriture peut se tendre. C'est le point qui nous gêne le plus. Compter chaque bouchée transforme un repas en opération comptable, et pour certaines personnes ça vire à l'obsession. Si noter vous stresse, si vous commencez à éviter les repas que vous ne pouvez pas quantifier, arrêtez. Le remède est devenu le problème.
  • Elle ignore complètement la qualité. Cent calories de sardines et cent calories de bonbons donnent le même chiffre à l'écran, et ne font pas du tout le même repas.

Les grandes familles d'applications

Plutôt que de vous vendre un classement qui sera périmé dans six mois, voici les catégories réelles. Choisissez votre famille, l'application se choisira toute seule.

Ce que fait chaque type d'application
TypePrincipePour quiLimite
Compteur de caloriesVous saisissez chaque repas, l'appli additionne et compare à un objectifCeux qui veulent comprendre où passent leurs caloriesSaisie fastidieuse, précision surestimée
Scanner de produitsVous scannez un code-barres, l'appli note le produitFaire ses courses autrement, comparer deux paquets en rayonNe dit rien de vos quantités ni de vos repas maison
Base ouverte et collaborativeUne base de données publique de produits alimentaires, alimentée par les utilisateursVérifier une composition, chercher un additifQualité variable selon les fiches
Coach avec programmeMenus, recettes, rappels, parfois abonnementCeux qui veulent être guidés et n'ont pas envie de réfléchirPayant, et le programme finit toujours par lasser

La plupart des applications connues fonctionnent sur un modèle gratuit avec option payante : les fonctions de base suffisent presque toujours, et l'abonnement se justifie rarement pour l'usage que nous décrivons ici, c'est-à-dire quelques semaines d'apprentissage.

Notre méthode : trois semaines, puis on range

Voici comment nous conseillons de l'utiliser, et c'est volontairement court.

  • Semaine 1, on observe sans rien changer. Vous mangez exactement comme d'habitude et vous notez tout, y compris le beurre et le verre de vin. Ne corrigez rien, c'est une photographie, pas un examen.
  • Semaine 2, on regarde les fuites. Trois postes ressortent presque toujours : les boissons, les matières grasses de cuisson, et le grignotage de fin de journée. Ce sont vos leviers, et ils ne demandent aucune privation, juste des ajustements.
  • Semaine 3, on calibre l'œil. Avant de peser, devinez. Puis pesez. Au bout d'une semaine de ce petit jeu, vous estimez une portion de pâtes à vingt grammes près, et vous n'avez plus besoin de l'application.

Ensuite, rangez-la. Rouvrez-la six mois plus tard si vous sentez que vos repères ont glissé, ce qui arrive à tout le monde. Pour la suite, nos calculateurs font le même travail ponctuellement, sans vous demander de saisie quotidienne : le calcul des besoins caloriques pour savoir où vous en êtes, et le calcul des calories d'une assiette pour vérifier un repas de temps en temps.

Questions fréquentes

Faut-il vraiment peser tous ses aliments ?

Au début, peser une semaine est instructif : la plupart des gens découvrent qu'ils sous-estiment largement l'huile, le fromage et les portions de féculents. Ensuite, la balance devient inutile. L'objectif n'est pas de peser à vie, c'est de calibrer l'œil une fois pour toutes.

Les bases de données des applications sont-elles fiables ?

Pas toujours. Beaucoup d'entrées sont créées par les utilisateurs eux-mêmes, avec des erreurs de saisie parfois grossières. Le réflexe simple : quand un aliment courant affiche une valeur qui vous surprend, vérifiez-la dans la table Ciqual de l'ANSES, qui est la référence française.

Une application peut-elle remplacer un suivi par un professionnel ?

Non, et aucune ne le prétend sérieusement. Une application compte, elle ne diagnostique pas et ne connaît rien de votre histoire. En cas de situation particulière, l'outil ne remplace pas la personne en face de vous.

Quelle application choisir si je débute ?

Celle dont vous supporterez la saisie. C'est le seul critère qui départage vraiment, parce que toutes les autres qualités deviennent théoriques le jour où vous arrêtez d'entrer vos repas. Testez-en deux sur une semaine et gardez celle qui vous agace le moins.

Une application de suivi ne vous fera pas maigrir. Elle vous apprendra ce que vous mangez vraiment, ce qui est très différent, et beaucoup plus utile. Prenez-en une, tenez-la trois semaines sérieusement, puis reprenez la main. Si vous cherchez une méthode plutôt qu'un outil, notre comparatif des programmes et notre programme sur un mois sont un bien meilleur point de départ.

Sources

  • ANSES, Table Ciqual de composition nutritionnelle des aliments. https://ciqual.anses.fr/
  • Santé publique France, Repères du PNNS, Manger Bouger. https://www.mangerbouger.fr/